Poèmes
Patricio Armando Sanchez

Le festin

poeme : C'était le fils d'un tortionnaire, de ceux qui se promènent librement dans les rues du Chili.

La concierge lui avait laissé
grandes ouvertes les portes
d'une luxueuse villa.

Le festin se prolongeait
- d'après les témoins -
jusqu'à l'aube.

Et la cire des candélabres en argent
tachait étrangement la nappe blanche.

(Rien
ne ferait changer le hibou de sa branche).

Par une fenêtre nous observions
surpris les belles coupes en cristal,
et les nombreux tableaux
accrochés sur les murs.

(Un vieux sage m'a dit un jour :
" tu écriras toute une vie
de poèmes d'amour ou de révolte,
sans jamais voir un copihue
blanc sur la neige brûlée ").

 

Fleuve de pierre

aux poètes du Chili

Personne dans la rivière où les hommes sans espoir cherchent leurs yeux de jade.

Tout est à reconstruire dans ce village du Nord.

Les arbres gisent par terre et le puits est tari à jamais à cause de la sécheresse.

La poussière a pris possession du chemin qui mène aux mines d’or.

Seul un fil de fer nous surprend avec ses pinces incolores et son linge encore blanchi.

Le vent monotone fait grincer une porte en bois condamnée au silence.

Nous voudrions voir le ciel étoilé et les comètes s’écraser contre les montagnes lointaines.

Les pierres endormies ressemblent parfois à des poissons éventrés sans musique, lorsque la terre tremble sous nos pieds de fumée.

Nous ne reverrons plus jamais ces paysages où l’homme respire la poussière dans ses poumons à la forme d’un roc.

Les geysers éternuent dans l’éternité de ces montagnes.

L’ornithorynque nous trace le chemin.

© Patricio Armando Sanchez

 

 

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