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Carthage.
Suaves parfums
dans les orangers en fleurs.
Un soir, Mégara.
Reflets, en mer, de la ville:
Qart hadasht ceinte de gloire.
Passe, ombre furtive
dans les jardin d'Hamilcar,
Salamnbô la belle.
Un coeur s'emballe au discret
froufrou d'un voile princier.
Merveilleux instant
et insigne privilège,
la poitrine brûle.
Un mercenaire l'attend,
tendre et funeste passion.
Toucher au manteau
de Tanit, interdiction
formelle édictée.
Insouciante jeunesse,
imposantes funérailles.
Contée, sur ses lèvres,
une merveilleuse histoire.
Ses frères puniques.
Un monde de bâtisseurs
et de valeureux guerriers.
Du pays de Canaan
sont les enfants de Carthage.
Fils de Phénicie.
Habiles navigateurs,
mers et océans pour eux.
Peuples de la Mer,
ainsi pour les Egyptiens
de Ramsés étaient.
Bien qu'oubliée, la cité,
de considération, digne.
Commerçants hors pair
et constructeurs émérites.
Sidon, Tyr... maîtresses.
Anses rocheuses propices,
des cothons en tous les sites.
Navires au large,
par centaines amarrés.
Colonisation.
Utique et Gadés fondées:
Carthage portes ouvertes.
Sur une presqu'île
de lagunes entourée.
Les marins de Tyr.
D'un cothon nait une ville
six siècles de splendeurs.
Des Dieux adorés,
Tanit et Ba'al Hommon-
pour eux le Moleck.
Cérémonies religieuses,
sacrifice des enfants.
Dans une fournaise,
les malheureux sont jetés,
un rite de Tyr.
Sur le Tophet, dans des urnes,
les cendres sont conservées.
La prospérité
pour la ville, la coutume
devait apporter.
Les rituels consacrés,
les fêtes battaient leur plein.
Vie reprenant cours,
les festivités finies-
Ardeurs au travail.
Les paysans dans les champs,
les notables au palais.
Un gouvernement
de forme républicaine.
Monde précurseur.
Carthage la magnifique
huit siècles avant notre ère.
Un Sénat, hommes
libres, destin d'un état.
La démocratie.
Chaque année deux rois élus,
Suffètes étant nommés.
Constitutionnelle
monarchie ainsi était,
pour le bien de tous.
Rois assistés d'un Conseil
des Anciens de science instruits.
Eux, sénateurs
choisis parmi le familles
représentatives.
Des hommes dignes de foi
près du peuple se posant.
Les uns Magonides,
et autres Hannonides.
Sénateurs intégres.
Gouverner dans transparence
objectif premier des Rois.
Une oligarchie
en fait, les marchands gérant.
Terre accaparée.
Un exemple pour Athènes,
Rome, Venise et Florence.
Arboriculture,
agriculture savante,
l'art carthaginois.
Renaissance du Croissant
fertile dans leurs travaux.
Monde en expansion,
les principales ressources
issues de la terre.
Luxuriance du commerce
pour l'énorgueillie cité.
Surtout le commerce,
"les Puniques l'inventèrent",
dit Pline l'Ancien.
Navires chargés d'argent
et d'étain bravant tempêtes.
Négoce des métaux,
de Gadés à Cadix qu'ainsi
aux Cassitérides,
Sur toutes les mers étant,
fiers en étaient leurs marins.
Les trente mille hommes
avec le suffète Hannon,
prodigieux voyage.
Longer la côte africaine,
souvenir l'histoire en garde.
Ses nombreux navires
sud du Maroc atteignant,
Lui leur Général.
Qu'enfin la Mauritanie
vue, revenir au Pays.
Gloire l'y attendant,
sur les tablettes gravé:
"Hannon le Roi Grand."
Retour vers Mère Patrie,
soulèvement des Berbères.
Spendios et Mathô
ont fomenté coup d'état-
tueries et bains de sang.
Quels objectifs fallacieux
animent les mercenaires?
Guerre inexpiable,
entre des frères de sang,
humiliant Carthage.
La ville à feu et à flammes,
peur se lit sur les visages.
Le peuple attéré
et le palais menacé-
la guerre civile.
Les sénateurs sans riposte,
se profile décadence .
Au port, Hamilcar,
averti de la révolte,
vient de débarquer.
Carthage en effervescence
espère en son général.
Durs affrontements,
nul ne cédant moindre pouce,
trois années durant.
Entre factions acharnées,
la mort hante les batailles.
Offrandes aux Dieux,
Tous les prêtres en prières-
Que victoire soit!
Les mercenaires acculés
au défilé de la Hache.
Deux jours et deux nuits,
les effroyables combats
déciment les rangs.
Exemplaire sentence
réservée aux rénégats.
Un pays exangue
guigné par Rome assombrie
Sardaigne annexant.
Pour Carthage, long début
de la fin, déclin s'amorce.
Après mercenaires
écrasés, nouvelles forces
levées - espérances.
La conquête de l'Espagne,
plusieurs colonies fondées.
Mais Annibal, fils
ambitieux, Sagonte prend,
ravivant la guerre.
En lui, désir de revanche
a enflammé sa jeunesse.
C'est Rome puissante
qu'il va défier - son frère
lieutenant fidèle.
Aux pieds de ses éléphants
tout le lustre de Carthage.
Marche triomphale,
les peuplades traversées
prêtent allégence.
Unes après autres tombent
les places fortes romaines.
Au lac Trasimène...,
Sur le Tessin, la Trébie,
piteux sont romains.
A Cannes, en Apulie,
une écrasante victoire.
Vaincre le sachant,
profit des triomphes, les Dieux
lui ont refusé.
Pyrénées, Alpes... franchies,
arrêté aux Sept Collines.
Ombre leur faisant,
les sénateurs l'ont lâché
par peur de sa gloire.
De même ses alliés
et seul ainsi se retouve.
Carthage réduite
à l'impuissance, humiliée,
ainsi rabaissée,
Massinissa, Roi Numides,
grignote son territoire.
Ombres d'Hamilcar
et de son fils Annibal
planant dans les cieux.
"Delenda est Carthago"
proclamation, Rome impie.
La lourde défaite
de Zama sonne le glas.
C'est le coup de grâce.
Un long siège, l'orgueilleuse
riche cité est rasée.
Un cuisant échec
ayant poussé Annibal
aux heurts de l'exil.
Chez Antiochos, d'abord,
se réfugie le stratège.
Chez Prusias, ensuite,
il cherche un asile sûr.
Trahison abjecte-
Dans un dernier sursaut,
sans hésiter s'empoisonne.
Siècles de luttes,
deux d'incessantes batailles,
au bout la défaite.
Et Scipion Emilien
triomphant. Terres d'esclaves.
Province romaine,
la Carthage est devenue
grenier d'Italie
Sur ses cendres, une ville
reconstruite par César.
Racines d'un pays,
se modelant dans le sang,
demain Tunisie.
Peuple et terre de lumière,
croisées des convoitises.
Raymond MATABOSCH
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