Peintre de nationalité russe. (1860-1884).
L'art ! si je n'avais dans le
lointain ces quatre lettres magiques je serais morte.
Marie Bashkirtseff, Journal, 23 août 1877.
La brève existence de Marie Bashkirtseff fut
un combat vers un seul but : "rester sur cette terre par quelque
moyen que ce soit."
C'est-à-dire survivre par la gloire artistique à une mort
qu'elle savait devoir être précoce. L'Ecole des Beaux-Arts
étant interdite aux femmes, elle s'inscrivit à l'Atelier
Julian, un des rares lieux en Europe offrant aux femmes artistes un
enseignement identique à celui de leurs condisciples masculins.
Optant pour un monde pictural personnel et original,
elle choisit de devenir le peintre de la rue :
"Les concierges, les enfants, les garçons
en courses, les femmes, tout cela aux portes ou sur les bancs publics,
ou causant devant les marchands de vins (...) Je suis rentrée
émerveillée de la rue." (Journal, 7 août 1882).
Marie voulut aussi être le peintre des misères
urbaines.
Ces représentations sans mièvrerie, peintes
d'une manière solide et hardie, contrastent singulièrement
avec l'élégance de Marie et le raffinement extrême
de son quotidien.
Mais ce contraste n'était finalement que
le reflet de sa personnalité toute en contradictions. Marie était
aristocrate et républicaine, tendre et ironique, sensible et
violente, très intellectuelle et capable d'enfantillages, affolée
de mondanités et éprise de solitude studieuse.
Son oeuvre est riche aussi de multiples portraits, à dominante
féminine.
Marie Bashkirtseff excella aussi dans le domaine du paysage
et dans la nature morte.
Durant des décennies, l'oeuvre de Marie Bashkirtseff
souffrit de l'ostracisme qui frappa l'art traditionnel de la fin du
XIXe siècle (baptisé aussi art académique, pompier,
officiel), c'est-à-dire l'art n'appartenant pas à l'avant-garde
impressionniste.
On a dit et répété que Marie Bashkirtseff
côtoya l'Impressionnisme sans s'y intéresser. Mais la plupart
de ses oeuvres montrent qu'elle avait parfaitement assimilé le
modernisme de son époque.
Son Naturalisme se situe
à la frontière de l'art traditionnel et de l'avant-garde.
A l'époque de Marie, la consécration d'un
artiste ne pouvait se concevoir sans le Salon officiel de peinture,
c'est-à-dire l'exposition des oeuvres au Palais de l'Industrie
à Paris.
Marie y exposa durant quatre années. En
1880, sous le pseudonyme de Marie Constantin Russ, une toile intitulée:
- Jeune fille lisant La Question
du divorce. Ce premier envoi déçut Marie.
Toujours lucide, elle qualifia de "sale peinture" et de
"ratatinage" cette toile exécutée rapidement
et d'après les retouches de son professeur.
En 1881, sous le pseudonyme d'Andrey,
Marie présenta :
A sa mort, le 31 octobre 1884, Marie laissait une oeuvre
riche de 100 tableaux et esquisses, 6 pastels, 80 dessins, 83 études
d'après modèles et 5 sculptures.
De nombreuses oeuvres furent offertes ou vendues sans discernement par
Madame Bashkirtseff.
Une grande partie fut envoyée en Russie, dans des musées
et dans le domaine familial des Bashkirtseff, à Gravonzi, dans
le district de Poltava, en Ukraine. D'après certaines sources,
ce qui avait été déposé à Gavronzi
aurait été détruit par un bombardement durant la
Seconde Guerre mondiale. Le reste est la propriété de
différents musées internationaux, ( à l'exception
des Saintes femmes au tombeau qui
est exposé en permanence dans le mausolée
de Marie Bashkirtseff au cimetière de Passy, à Paris).
"Mais si je ne suis rien, si je ne dois rien
être, pourquoi ces rêves de gloire depuis que je pense? Marie Bashkirtseff, Journal, 25 juin 1884.
Elle était Russe, enivrée de vivre et hantée
par la mort. Douée pour tout, elle ambitionnait de passer à
la postérité.
Elle tenta de se faire reconnaître par le chant et les arts plastiques.
Mais elle mourut à 25 ans, sans avoir connu la gloire.
Ses oeuvres sont aujourd'hui exposées dans les
plus grands musées du monde. Mais c'est son Journal intime qui
lui apporte la gloire.
Les éditions qui se succédèrent de 1887 à
1980 étaient expurgées, falsifiées.
Aujourd'hui, le texte authentique des 105 cahiers conservés à
la Bibliothèque nationale de France est enfin livré au
public.
Plusieurs éditions voient le jour actuellement.
Le Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff a déjà
publié 8 tomes.
Le volume 9 est sorti en avril 2001.
La parution du tome 10 en 2002, car notre époque se passionne
pour cette oeuvre pleine de fougue, de tumulte et d'audace.
Celle d'une femme haute en couleurs, un éblouissant météore.
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