Gustave Caillebotte
1848-1894

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Les raboteurs de parquet
Les raboteurs de parquet
Toits sous la neige, Paris
Toits sous la neige, Paris
 

Gustave Caillebotte est un peintre français, collectionneur, mécène et organisateur d'expositions, né à Paris le 19 août 1848 et mort à Gennevilliers le 21 février 1894, à l'âge de 45 ans, inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 70).

Licencié en droit, il décide d’entrer à l’École des beaux-arts de Paris, il s’y prépare dans l’atelier du peintre académique Léon Bonnat. En 1873, il réussit l'examen d'entrée de l'École.

Il ne cherche pas à rejoindre la nouvelle peinture incarnée par Manet ou à être en opposition avec son milieu bourgeois, bien au contraire. Son cadre social lui convient parfaitement et ses parents ne manifestent aucune opposition à ce projet.

Issu d'une riche famille d'industriels, il hérite à la mort de son père, en 1874 d'une propriété à Yerres (Essonne) et d'une importante fortune qui lui permet de se consacrer à sa passion pour la peinture. Elle lui permet également de devenir le mécène de ses amis peintres, notamment Auguste Renoir, Edgar Degas ou Claude Monet et de financer l'organisation d'expositions impressionnistes.

Rapidement, il présente ses œuvres au Salon en 1875, dans le cadre officiel et bien-pensant où règnent les académiques : Carolus-Duran, Cabanel, Gustave Doré, Léon Bonnat, Fantin-Latour exposent parmi les 3 862 élus au palais de l’Industrie. Caillebotte avait déjà assisté à la première exposition inaugurale de l’impressionnisme en 1874 chez Nadar et initié une longue amitié avec Monet (il sera son exécuteur testamentaire). Les Raboteurs de parquet (ci-dessus) sont refusés. le sujet heurtant par son extrême quotidien - il est aujourd'hui l'un de ses plus célèbres tableaux. Les années suivantes, il participera à différentes expositions impressionnistes.

Cela incite Caillebotte à rejoindre les artistes qu’il admire. Cette même année, il achète à Drouot des toiles de Monet, Renoir, Sisley, Morisot.

Son œuvre est originale par ses thèmes, notamment l'ennui et l'extrême solitude des personnages dans le nouveau Paris haussmannien, mais aussi à la campagne et au sein même du cercle familial - même dans ce cadre privilégié, les personnages semblent indifférents les uns aux autres.

Son œuvre est également originale par sa technique : elle semble proche de l'art photographique, mais par de puissants effets de perspectives tronquées, les distances et les premiers plans sont écrasés et l'horizon absent, d'où la perception instable et plongeante de ses toiles. Au point de vue de la finition et de la composition de ses oeuvres, on peut dire que Caillebotte est à la première époque de l'Impressionnisme ce que Georges Seurat représentera pour la deuxième période (Néo-Impressionnisme et Pointillisme).

Le style de Caillebotte, est en marge des autres impressionnistes. En effet, il peint avec une plus grande netteté, plus de réalisme ; ses cadrages sont audacieux et s’apparentent à la photographie prise en grand angle : le champ de vision est beaucoup plus large que la vision humaine et le premier plan est légèrement déformé. Cette utilisation d’une lentille donnant un autre point de vue de la réalité est particulièrement novatrice pour cette époque, démarche qui sera celle d’artistes comme Rodchenko ou Moholy-Nagy dans les années 1920. Le Déjeuner en est un parfait exemple : la table est déformée et l’assiette au bord du tableau est beaucoup trop grande ; elle ne semble pas intégrée la même perspective que le reste de la table. Rue de Paris, temps de pluie (1877) fonctionne sur le même modèle, les pavés du premier plan paraissent presque verticaux pour rapidement s’aplanir en suivant la ligne de fuite sur laquelle sont construits les immeubles à l’arrière-plan. Ses perspectives ont d’ailleurs été fortement stigmatisées par la critique qui les considérait comme trop accentuées.

Caillebotte fut l'un des premiers grands peintres français à exposer régulièrement aux États-Unis où il rencontra un vif succès et où se trouvent aujourd'hui nombre de ses toiles. Il est l'un des fondateurs du courant "réaliste" qu'illustrera par exemple au XXè siècle l'Américain Edward Hopper.

Gustave Caillebotte, c. 1878.(Collection privée).
Gustave Caillebotte, c. 1878.
(Collection privée).

À partir de 1876, Caillebotte collectionne les peintures de ses amis peintres, et se montre très généreux dans l'acquisition des œuvres. "Mécène éclairé", il acquiert par exemple Coin d'appartement de Claude Monet, ou du Bal du Moulin de la Galette de Auguste Renoir. Il achète également des tableaux à Paul Cézanne, à Edgar Degas, à Édouard Manet et à Camille Pissarro.

Son activité de collectionneur s'est aussi étendue à la philatélie, dont il a été un adepte assidu avec son frère musicien Martial Caillebotte. Il a été l'un des fondateurs, avec le Docteur Jacques Legrand et Arthur de Rothschild de la Société Française de Timbrologie, le 14 juin 1875.

Personnage aux multiples facettes, Gustave Caillebotte était également un horticulteur émérite. Il correspondait avec le peintre Claude Monet, à Giverny, et a créé des orchidées dans ses serres.

Ses œuvres sont présentées régulièrement aux expositions impressionnistes à partir de 1876, manifestations qu’il financera et co-organisera pour certaines. Mais au fur et à mesure, les dissensions au sein du groupe montent. En 1880, Monet, Renoir, Sisley et Cézanne n’y assistent pas ; en 1881, Caillebotte la boude ainsi que celle de 1888, la dernière, où le néo-impressionnisme s’impose, soutenu par Degas et Pissarro.

Déçu de l’éclatement de ce groupe d’amis et de réflexion, il va se tourner vers la navigation de plaisance et profite de la revente du patrimoine immobilier familial à la mort de sa mère en 1878 pour acheter avec son frère Martial une propriété au Petit-Gennevilliers, face à Argenteuil. Leur vie est partagée entre la vie parisienne et leur nouvel appartement haussmannien et les activités nautiques. Ces paysages de la Seine deviennent le cœur de ses tableaux, prétexte à l’étude de la lumière qui l’amène après 1882 à se rapprocher du traitement néo-impressionniste par une fragmentation de la touche et les effets de lumière. Il devient vice-président du Cercle de la voile de Paris en 1880, s’installe définitivement au Petit-Gennevilliers en 1881 et partage son temps entre la peinture, la conception et la construction de bateaux sur un chantier qu’il établit à côté de sa propriété, des courses nautiques où il est souvent classé parmi les premiers.

Sa peinture est plus décorative, et il continue de traduire en couleurs son environnement immédiat décliné à différentes saisons : La Promenade à Argenteuil (1883) ; Régates en mer, Trouville (1884) ; Les Roses, jardin du Petit-Gennevilliers (vers 1886) ; Petit Bras de la Seine à Argenteuil (1888) ; Voiliers sur la Seine à Argenteuil (1892) ; Madame Renoir dans le jardin du Petit-Gennevilliers (1891) ; Linge séchant (1893) ; Orchidées jaunes (1893)…

Gustave Caillebotte meurt d’une congestion cérébrale le 21 février 1894, toujours autant passionné par la peinture, amoureux de la nature et génie de l’architecture navale. Il construisit des prototypes de voiliers, aux multiples innovations (voile en soie, lest extérieur, coques hydrodynamiques...).

Dans son testament, il léguait à sa mort soixante-sept tableaux impressionnistes de sa collection personnelle à l'État, qui n'en accepta finalement que trente-huit, après deux ans de négociations menées par Renoir, exécuteur testamentaire de Caillebotte, et de violentes polémiques. L'Académie des Beaux-Arts protesta officiellement contre l'entrée de ces tableaux au musée du Luxembourg, en qualifiant l'évènement d' « offense à la dignité de notre école ».

La maison et le parc qu'il possédait à Yerres (Essonne), en bordure de la rivière homonyme, sont aujourd'hui propriété communale et le parc est ouvert au public. C'est là qu'il a peint certaines scènes de périssoires.

Le talent de Caillebotte fut longtemps méconnu - sauf aux États unis -, au profit de son rôle de "mécène éclairé". Le peintre fut redécouvert dans les années 1970, à l'initiative des collectionneurs américains. Les rétrospectives de ses œuvres sont désormais fréquentes. Certaines de ses œuvres se trouvent maintenant au musée d'Orsay à Paris.

Il a fait l'objet d'expositions montées à Houston et Brooklyn en 1976, et au Grand Palais à Paris fin 1994, ainsi qu'à la fondation de l'Hermitage à Lausanne, du 24 juin au 23 octobre 2005.

 

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