Lucian Freud, Artiste Peintre britannique d'origine
allemande. (Berlin, 1922).
Petit-fils de Sigmund Freud, il quitte l'Allemagne et s'installe en
Grande-Bretagne avec sa famille en 1933. Il étudie la sculpture
à Londres et commence à peindre dans un style marqué
à la fois par la Nouvelle Objectivité allemande (Neue
Sachlichkeit) et le surréalisme.
Les premières compositions de Freud interrogent
l'espace et ne cessent d'expérimenter différents points
de vue, toujours révélés par la présence
de la figure humaine. Il peint des personnages aux traits anguleux,
exécutés dans un réalisme sévère
(Interior in Paddington, 1951). De cette précision obsessionnelle,
que l'on retrouve dans les nus de la même période, se
dégage une étrangeté troublante (Girl with a
White Dog, 1951).
La provocation des corps s'accentue vers la fin des années
1950, à un moment où la technique du peintre évolue.
Freud délaisse la souplesse du pinceau pour un travail à
la brosse, qui rend la chair plus sensible sous les accidents de la
matière, et ses toiles rappellent les mouvements du sculpteur
(Man's Head, 1963). Ce traitement en épaisseur de la matière
qui caractérise sa représentation du corps dialogue
avec des aplats de couleurs plus fluides, pratique qui organise le
tableau en plans distincts, témoignant de l'influence de l'uvre
de son ami Francis Bacon, dont il exécute le portrait en 1952.
Freud réalise également de nombreux portraits de sa
mère d'une impressionnante expressivité (The Painter's
Mother, 1982-1984). Aucun artifice ne cherche à adoucir cette
image d'une vieille femme qui attend la mort; au contraire, la justesse
sans emphase de ce drame silencieux accentue l'indécence de
la proposition à vouloir ainsi adhérer au réel.
Two Men (1987-1988), uvre de la maturité, rassemble
nombre des préoccupations de l'artiste. Freud y entretient
le doute par le paradoxe qui consiste à représenter
verticalement deux personnages couchés. Il pose la couleur
en contrepoint de la chair et joue sur l'ambiguïté du
corps comme anatomie et sujet mis en scène, surgi de cette
concentration sur la forme, et de ce rejet de toute idéalisation
sa principale préoccupation, il le dit lui-même,
étant «de peindre la personne réelle, de faire
une peinture d'elle et pas de l'utiliser pour quelque dessein artistique
plus lointain.»